Pourquoi "Formatrêve" ? Certains prononcent "formatreize"... ça porte malheur ! D'autres retiennent le "rêve" : c'est déjà plus joli mais nous sommes bien dans la réalité.

Le mot "formation" est issu du latin "formatio" (forme, confection) qui lui-même vient de "forma" (moule). Il s'emploie à propos de l'éducation d'un être humain et spécialement pour désigner l'ensemble des connaissances dans un domaine. On parle de formation des adultes depuis le milieu du XXème siècle. On déplore aujourd'hui une tendance au "formatage", dérive qui cherche à faire entrer habilement les consciences individuelles et collectives dans le "moule" établi par l'organisation de travail à des fins de plus en plus défavorables à l'homme.
"Trêve" descend du francique "treuwa" qui signifiait "sécurité". Sa racine grecque est "droos" qui voulait dire "solide". On le retrouve dans la "vérité" anglaise ("truth") et dans la "fidélité" allemande ("treue"). Il désigne très rapidement une armistice militaire. Il a pris secondairement le sens figuré de "relâche, arrêt d'une action".

 

Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1992

 

Les choix à venir

"Afin de protéger les populations de la catastrophe écologique et d'établir plus d'égalité entre les humains, les formes politiques émergentes devront être de type fédératif, fondées sur des sociétés territoriales pluralistes de petite extension, tendues vers l'autosuffisance énergétique et alimentaire des biorégions, centrées sur l'humain dans toutes ses dimensions et de moindre empreinte écologique."

 

Yves Cochet, Antimanuel d'écologie, Editions Bréal, 2009

L'organisation

"Notre monde est devenu, pour le meilleur et pour le pire, une société faite d'organisation. Nous sommes nés dans le cadre d'organisations et ce sont encore des organisations qui ont veillé à notre éducation de façon à ce que, plus tard, nous puissions travailler dans des organisations. Dans le même temps, les organisations ont pris en charge nos besoins et nos loisirs. Elles nous gouvernent et nous tourmentent (et par moment les deux à la fois). Et, notre dernière heure venue, ce sont encore des organisations qui s'occuperont de nos funérailles. Et pourtant, à l'exception d'un petit groupe de chercheurs (auxquels on donne le nom de "théoriciens des organisations"), qui les étudient, et de quelques rares managers qui sentent le besoin de saisir plus profondément l'objet même de leur management, bien peu comprennent réellement ces "animaux étranges" de nature collective, qui exercent une si grande influence sur nos vies de tous les jours."

 

Henry Mintzberg, Le management : voyage au centre des organisations, Editions d'Organisation, 1990.

L'homme nouveau

"Nous sommes en train d'assister à l'émergence d'un nouveau type d'êtres humains. Complètement à l'aise dans le cyberespace, où ils passent une partie de leur vie, connaissant parfaitement le fonctionnement de l'économie en réseau, plus intéressés par l'accumulation d'expériences excitantes et distrayantes que par l'accumulation d'objets, capables d'interagir simultanément dans des univers parallèles, prêts à changer de personnalité pour s'adapter à de nouvelles réalités - authentiques ou simulées - ces hommes et ces femmes de type nouveau ne ressemblent guère à leurs parents et leurs ancêtres bourgeois de l'ère industrielle. Le psychologue Robert J. Lifton y voit une nouvelle génération d'individus "protéiformes". Ils ont grandi dans des espaces résidentiels fermés ; leur santé dépend d'organismes prestataires de soins privés de type HMO ; ils louent leur automobile ; ils font leurs achats sur Internet ; ils sont habitués à la gratuité des software qu'ils utilisent mais ne rechignent pas à payer les services et les extensions qui les accompagnent. Ils vivent dans un monde de spots de 7 secondes, sont accoutumés à avoir accès quasi instantanément à toutes sortes d'informations, n'ont pas une très grande capacité de concentration et se montrent plus spontanés et moins réfléchis que les générations précédentes. Ils conçoivent leur activité professionnelle comme un jeu et préfèrent être perçus comme des créateurs plutôt que comme de bons travailleurs. Ils ont grandi dans un monde de travail "juste à temps" et sont habitués aux emplois temporaires. De fait, leur vie est beaucoup plus marquée par le provisoire et la mobilité que celle de leurs parents. Leur vision du monde est plus thérapeutique qu'idéologique et leur langage est fait d'images plus que de mots. S'ils sont moins doués pour composer par écrit une phrase grammaticalement correcte, ils n'ont pas leur pareil en matière de traitement des données informatiques. Ils se fient plus à l'émotion qu'à l'analyse. La réalité pour eux, c'est Disney World et le Club Med ; ils considèrent les centres commerciaux comme un espace public privilégié et tendent à identifier la démocratie à la souveraineté du consommateur. Ils passent autant de temps en compagnie de personnages de fiction, qu'ils s''agisse de héros de télévision, de cinéma ou de créatures virtuelles du cyberespace, qu'avec leurs semblables, et ils en viennent même à intégrer ces créatures fictives à leurs conversations avec leurs amis, les transformant ainsi en éléments de leur biographie. Les frontières de leur univers sont fluides et imprécises. Ils ont grandi dans un monde d'hypertextes, de liens entre sites web et de boucles de rétroaction, et leur perception de la réalité est plus systémique et participative que linéaire et objective. Ils peuvent envoyer un courrier à une adresse électronique sans se soucier un seul instant de connaître l'adresse géographique de leur correspondant. Pour eux, le monde est une scène et leur existence une série de représentations. Ils sont constamment en train de recréer leur propre identité et d'expérimenter de nouveaux styles de vie à chaque étape de leur existence. Ces hommes et ces femmes protéiformes n'éprouvent guère d'intérêt pour l'histoire mais connaissent une véritable passion pour la mode et tout ce qui touche au style. Ils ont une mentalité expérimentale et courent après l'innovation. Dans leur univers marqué par le rythme effréné du changement, coutumes, conventions et traditions n'ont pratiquement pas leur place. Ces hommes et ces femmes de type nouveau commencent tout juste à laisser derrière eux l'univers de la propriété. Leur monde est de plus en plus celui de l'hyper-réalité et de l'expérience éphémère - un monde de réseaux, de passeurs et d'interconnexion généralisée. Pour eux, c'est la logique de l'accès qui compte avant tout. Etre déconnecté, c'est la mort. Ils sont les premiers à vivre dans "l'âge postmoderne", pour reprendre l'expression introduite par l'historien britannique Arnold Toynbee." 

 

Jeremy Rifkin, L'âge de l'accès, La nouvelle culture du capitalisme, La Découverte / Poche, 2000.

L'isolement contemporain

"La société moderne, sous l'impulsion de la technocratie fanatique, entreprend l'isolement de chacun, claustré dans son appartement, dans son automobile ou son bureau, à l'image du cosmonaute dans sa cabine spatiale ou du prisonnier dans sa cellule ultramoderne, surveillé comme eux par une police préventive. Isolement qui exclut la solitude : dans le "sable humain" de la modernité, chaque grain se sent seul, mais sent aussi l'accablante multitude des autres. Des autres isolés, des autres isolements en somme, agglutinés pas l'architecture, par la circulation, par le travail. Plus de communauté ni de solitude véritable, on a perdu beaucoup à la fois. Les rapports humains se réduisent à de pénibles promiscuités, à de petits drames avortés faits d'indifférence, d'incompréhension, voire d'agressivité : l'homme moderne ne reconnaît plus que sa solitude. Il se réfugie à la hâte dans sa niche ouatée où sa mauvaise conscience, le sentiment trouble du vide de son existence, le remords du temps gâché, la crainte d'un avenir ressemblant, le besoin d'oubli, la lassitude, l'ennui enfin le soumettent à l'invincible chantage de la consommation. " 

 

François George, Autopsie de Dieu, Julliard, 1965.

Les victoires trompeuses

"Que le triomphe de l'Europe lui ait fait perdre ses repères n'est pas le seul paradoxe de notre époque. On pourrait soutenir, de la même manière, que la victoire stratégique de l'Occident, qui aurait dû conforter sa suprématie, a accéléré son déclin ; que le triomphe du capitalisme l'a précipité dans la pire crise de son histoire ; que la fin de "l'équilibre de la terreur" a fait naître un monde obsédé par la terreur ; et aussi que la défaite d'un système soviétique notoirement répressif et antidémocratique a fait reculer le débat démocratique sur toute l'étendue de la planète."

 

Amin Maalouf, Le Dérèglement du monde, Le Livre de Poche, 2009

Bâtir

"Quiconque voudra faire bâtir doit premièrement se proposer de faire la cage pour l'oiseau. C'est à dire (…) proportionner son bâtiment au revenu de sa terre, à sa condition, à ses besoins, et surtout au moyen qu'il a d'en pouvoir sortir à son honneur".

 

Vauban, Plusieurs maximes bonnes à observer pour tous ceux qui font bâtir

La concurrence et la mort

"Dans la compétition, il n'y a pas de satiété possible. Maintenant que nous savons que le temps est une quantité, la lutte va devenir terrible. Car rien n'est plus rare, plus fugitif, plus fuyant que le temps. Le capitalisme a opéré ce miracle : libérer les hommes de la contrainte de la substance et de la nature, les gaver de marchandises et les enfermer dans une camisole du temps de plus en plus étroite. On sait que la rareté crée les prix, les besoins et les marchés. Dans ce monde de profusion, l'ultime rareté est ce temps que l'on étire grâce à l'allongement de l'espérance de vie. "La croissance économique libère les sociétés de la pression naturelle qui exigeait leur lutte immédiate pour leur survie, mais c'est de leur libérateur qu'elles ne se sont pas libérées."* Le flic, c'est l'économie. Le tyran, c'est la croissance. Car désormais nous luttons les uns contre les autres pour jouir de ce qu'un homme a de plus rare sur Terre : le peu de temps qu'il y passe. Vite, vite. Travaillons. Accumulons. Pour demain. Pour plus tard. Quand on aura le temps car on n'a jamais le temps. La retraite approche et derrière elle, la Mort qui me fait signe, et je ne serai pas directeur de  l'information ou prof de fac ou quoi que ce soit."

 

*Citation de Guy Debord

Bernard Maris, Antimanuel d'économie, 2. Les cigales, Editions Bréal, 2006